Donner les moyens aux associations de populations clés

Date de publication
jeu 27/05/2021 - 10:00
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Charlotte Dézé est Conseillère Régionale Santé à l’Ambassade de France à Antananarivo depuis 2017. Elle a participé au processus de mise en place du dépistage démédicalisé à Madagascar.

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Quel était le point de vue des autorités malgaches par rapport au dépistage communautaire ?
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Au départ, les autorités malgaches étaient réticentes, mais nos nombreux échanges et le plaidoyer commun porté par plusieurs entités ont permis de faire évoluer leur vision. Suite à une sollicitation de L’Initiative par le SE CNLS (Secrétaire Exécutif du Comité National de Lutte contre le Sida), 7 expert.e.s ont été mobilisé.e.s pour réviser le protocole national de prise en charge du VIH/sida. Les arguments et la ténacité d’André Inwoley, expert international mobilisé sur le dépistage démédicalisé, ont été déterminant pour  convaincre les autorités de mettre en place une phase pilote. L’objectif de cette étude était de tester la faisabilité du dépistage communautaire à Madagascar. Suite à la restitution des résultats de cette phase, le dépistage démédicalisé a été intégré dans la politique nationale. Il est aujourd’hui inclus dans la subvention du Fonds mondial, pour les trois années à venir.

 

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Comment le dépistage démédicalisé a-t-il été mis en place concrètement ?
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En décembre 2019, l’Organisation Mondiale de la Santé publiait de nouvelles lignes directrices sur les services de dépistage du VIH. Elles recommandaient l’utilisation de dispositifs d’autodépistage et le recours à des organisations communautaires pour fournir des services de diagnostic rapide. Cela allait dans le sens du plaidoyer que nous menions, et nous nous sommes donc assurés que  l’équipe chargée de rédiger la nouvelle demande de subvention VIH au Fonds mondial en ait connaissance, pour que ces différentes stratégies y soient intégrées.

 

Fin 2019, Karin Hatzold, en charge des régions de l’Afrique de l’Ouest et Afrique australe à Population Services International a également effectué un travail de fond pour former les équipes malgaches sur le dépistage différencié, en fonction des populations cibles. Elle a ensuite contribué à la formulation définitive de la subvention VIH et a ainsi consolidé les propositions faites par André Inwoley.

Ces efforts conjugués se sont concrétisés au sein de la nouvelle demande de subvention VIH au Fonds mondial, qui décline les différentes stratégies de dépistage et les moyens adéquats pour les mettre en œuvre.

 

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Quelles difficultés avez-vous rencontré dans ce processus ?
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La phase pilote a été complexe à élaborer et à mettre en œuvre. Certains aspects, comme le contrôle qualité des tests réalisés par les communautaires, n’ont pu être effectifs, faute de moyens. Aussi, on peut regretter que 60% des associations sélectionnées par les autorités pour suivre la formation n’étaient pas des associations de populations clés. C’était pourtant un des points clés pour assurer la réussite du processus : renforcer les capacités des associations de populations clés, pour qu’elles puissent être en capacité de recevoir les subventions du Fonds mondial, et mettre en œuvre elle-même le dépistage communautaire. Cela s’est ressenti au niveau des résultats : 82% des personnes dépistées pendant l’étude l’avaient déjà été auparavant. Je suis convaincue que si nous avions eu recours uniquement à des associations de populations clés, nous aurions atteint davantage de personnes difficilement accessibles, et produit des chiffres plus probants.

La pyramide de soins au niveau décentralisé repose de façon conséquente sur les associations communautaires, qui paradoxalement ne disposent pas de moyens suffisants pour travailler correctement, malgré nos différents plaidoyers.

Ainsi, aucune association représentant les populations clés n’a été choisie comme récipiendaire de la nouvelle subvention VIH, sans que les programmes nationaux ni le Fonds mondial ne s’y oppose. Je déplore l’écart entre le discours du Fonds mondial et la réalité : souvent, les coupes budgétaires effectuées au moment des négociations qui finalisent l’obtention de la subvention se portent sur les moyens attribués aux associations de PVVIH et de populations clés.

 

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Quel regard portez-vous sur l’action de L’Initiative en faveur des organisations communautaires ?
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Sur cette thématique, L’Initiative prend tout son sens, en venant compléter et compenser ce que le Fonds mondial ne peut, ou n’a pas choisi de mettre en place. Dans la région Océan Indien, je considère que L’Initiative a apporté un appui hautement significatif pour construire et accompagner le renforcement des associations communautaires dans la région. C’est un travail de fonds, alimenté notamment par la  mise en place de mécanismes de coopération sud-sud. L’Initiative a contribué à faire changer les mentalités sur le dépistage communautaire, à le faire intégrer dans la politique nationale et à conscientiser le Fonds mondial sur le sujet.

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